ALEXIS PEARSON : BRISER LE SILENCE
Pour rencontrer la vérité des êtres,
Alexis Pearson a enlevé l'écran entre elle et eux. Une
émarche qui l'a menée Dans la rue.
Il y a un peu plus d'un an, Alexis Pearson n'a plus
supporté l'écran qui la séparait de la vie. Ordinateur,
caméra ou micro, la jeune femme a laissé les outils qu'elle
utilisait pour son travail de responsable des communications à
l'Aide à l'église en Détresse, pour n'en garder
qu'un seul : elle-même. Elle a rejoint l'équipe du Bon Dieu
dans la rue et travaille désormais comme intervenante en
prévention dans les écoles de la grande région de
Montréal au projet Briser le silence.
Sa mission : huit fois par semaine en moyenne, elle
rencontre les jeunes, surtout les jeunes filles dans des écoles,
en classe de Secondaire 1 et 2, pour leur expliquer en une heure la
réalité de la rue, de la fugue, des gangs de rue, de
l'exploitation sexuelle et d'autres réalités qui les
touchent. « L'idée n'est pas de faire peur aux jeunes
mais de leur donner la parole et de leur offrir de l'information
éclairée pour leur permettre de poser un choix conscient,
qu'ils sachent vraiment quelle est la réalité avant
de se trouver dans des situations critiques, voire
bloquées », dit Alexis.
Un travail de prévention qui permet tant aux
jeunes qu'aux intervenants dans les écoles de faire la part des
mythes et de la réalité de la vie dans la rue et dans les
gangs de rue. La rue peut fasciner des jeunes : certains la choisissent
vraiment, comme un mode de vie, d'autres la vivent davantage comme un
transit.
Fidèle à l'approche qu'a
développée Pop's (le père Emmett Johns),
Alexis Pearson ne dit pas aux jeunes ce qui est bien ou ce qui est mal.
Elle les incite surtout à trouver dans leur entourage quelqu'un
de confiance à qui parler des difficultés qu'ils rencontrent,
pour éviter de se retrouver un soir sur la rue Sainte-Catherine sans
savoir où aller.
« Le respect, l'amitié et le service :
ce sont les trois piliers de l'intervention auprès des jeunes,
explique la jeune femme. Pour nous, les jeunes ne sont pas des clients
mais des amis, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs rêves.
Comme nous, ils cherchent à ce que leur vie ait un sens, à
avoir un impact sur le monde. Nous essayons de les accueillir comme ils
sont, même s'ils se droguent, même s'ils viennent avec leurs
chiens, on veut s'adapter à leur mode de vie et à leur
rythme pour les accompagner au plus près de leurs besoins ».
L'équipe de Pop's accueille quelques 200 jeunes par jour;
l'organisme, qui est connu pour sa « roulotte » qui sillonne
les rues de Montréal en soirée, offre également un
vestiaire, des formations scolaires alternatives, un refuge et toute une
panoplie de services (www.danslarue.com).
L'organisme se dénomme maintenant simplement
Dans la rue. Mais c'est une démarche profondément
ancrée dans sa foi qui a amené Alexis à
œuvrer avec les soixante employés de Pop's. Fille d'une
famille chrétienne d'Ottawa, Alexis fréquentait
déjà un groupe charismatique à 12 ans et menait
ses premières expériences de mission à 16 ans,
de quoi la faire passer « d'une foi du dimanche à une foi
personnelle d'engagement. J'ai toujours été très
spirituelle », note-t-elle.
« Pendant plusieurs années, j'ai
diffusé de l'information sur des gens qui prenaient des
initiatives extraordinaires pour soutenir les pauvres au nom de leur
foi, raconte-t-elle. à chaque fois, mon cœur brûlait
d'être à leur place », raconte la jeune femme de 27
ans dont le ton de voix a pris une réelle assurance. Une
expérience missionnaire au Honduras l'a convaincue que
c'était ici, dans sa ville d'adoption, qu'elle voulait incarner
sa manière de suivre le Christ. « Au cœur de ces
jeunes en recherche, je vois Dieu qui nous sauve, qui se tient
près de la souffrance humaine pour rétablir
l'intégrité des personnes ».
Alexis n'a évidemment pas la prétention
de sauver le monde, « seulement celle d'être témoin
du miracle quotidien de la présence de Dieu ». Un miracle
qu'elle relève avec discrétion. « Avec les jeunes,
explique-t-elle, le meilleur chemin est de leur offrir une réelle
écoute, une présence, une attention à leurs besoins.
Tout cela parle de l'amour de Dieu pour eux. Nous n'avons pas besoin
d'employer des mots très compliqués, surtout avec des
jeunes fragilisés par la vie, et souvent abandonnés par des
personnes qui avaient des belles paroles mais dont les gestes disaient
autre chose ». Beaucoup d'intervenants, constate Alexis Pearson,
ne se disent pas chrétiens mais ils s'intéressent
réellement au bien-être des jeunes.
« L'Église a un besoin urgent de redevenir
experte en humanité, sinon elle va manquer le bateau », croit
la jeune femme qui porte un chapelet discret au poignet, son «
tag » pour signer son appartenance à Marie. « Le
message chrétien et la doctrine de l'église sont excellents.
Mais comment l'incarner au niveau des gens, connaître et
reconnaître les difficultés de la vie ? Comme
chrétiens, nous nous devons d'être proches des
préoccupations des personnes, de les aider à trouver un
sens aux poids qu'elles portent; surtout, de ne pas les nier ».
Liée aux jeunes de la rue, Alexis Pearson se
sent plus proche de sa foi. Elle la nourrit par la prière et
la messe quotidienne, en fréquentant notamment la
Communauté de Jérusalem, une de ses sources d'inspiration
pour « vivre l'évangile radicalement au sein du monde ».
« L'Église doit être comme une roue,
pas comme une pyramide avec ceux qui seraient au-dessus et les autres en
dessous, dit-elle. Dieu nous a donné beaucoup, pas pour nous
mais pour que cela serve aux autres. Quand nous sommes en haut de la
roue, c'est pour repartir en bas et aider ceux qui y sont à
remonter. La dynamique de l'Esprit doit nous aider à tourner
nos forces vers ceux qui n'ont pas de force pour bâtir ensemble
un monde plus fraternel et solidaire »
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 Alexis Pearson |
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