SAMIA SAOUAF : INFIRMIÈRE POUR LA VIE
Offrir cinq minutes de présence à un patient vaut parfois
autant pour lui que bien des soins.
Cinq minutes. Parfois moins, rarement plus. C'est le temps que
Samia Saouaf prend pour s'arrêter auprès d'un patient à l'Hôpital
général de Montréal où elle travaille depuis cinq ans.
Infirmière au service de chirurgie générale, la jeune femme de
27 ans sait l'importance d'une présence auprès de ceux qui souffrent.
« Pour des patients qui perdent courage, quelqu'un qui reste avec eux, parfois
sans rien dire, c'est une vraie différence », constate-t-elle.
Vocation ou profession ? Le métier d'infirmière tient
un peu des deux et en tout cas, le débat faisait rage à l'université.
« C'est vrai qu'on se consacre vraiment aux gens », dit Samia, qui
travaille souvent de nuit. Et il faut une grande espérance en la vie pour
soigner des patients en fin de parcours. « On se dit parfois que la vie est
injuste : je repense à ce père de famille qui avait toujours une parole
d'encouragement pour sa femme et ses enfants qu'il allait devoir laisser, tandis que
dans la chambre d'à côté un patient vraiment difficile allait de mieux
en mieux ! »
Soigner, ce n'est pas seulement guérir un corps : « Il
y a aussi la démotivation des gens. Dans notre métier, il y a un
aspect très bureaucratique, très organisé. Mais dans la chambre
de quelqu'un qui est en larmes, on oublie son planning. Nous devons aussi créer
un lien humain, être quelqu'un qui rassure. » Que faire en face d'un patient
qui refuse les soins ? Qui va mourir - car ces choses se sentent ? Ou qui
désespère ? « Les autres nous touchent et nous soignent
peut-être plus que nous ne le faisons pour eux », dit Samia. Et parfois
le miracle se produit : tel ce patient qui est resté un an et demi dans son
service, a frôlé plusieurs fois la mort et a fini par trouver la force de
se battre pour vivre.
Samia est croyante, et cela se sent, dit-elle. Il arrive que
certains patients lui demandent de prier avec eux, ou pour eux. « Je ne dis
rien mais ils le devinent, ou ils voient ma petite croix au cou. »
Sa foi a grandi dans son cur dès l'enfance, en Syrie.
« Nous avions une vie très communautaire, avec la grand-mère,
les oncles et tantes », se rappelle-t-elle. Sa lignée a donné
quelques tantes carmélites et franciscaines mais aussi des patriarches à
l'Église melkite de rite oriental. « J'aime beaucoup cette liturgie
chantée, avec l'encens, les chants, les icônes... Les symboles sont
très importants. »
Quand Samia a eu huit ans, son père a amené toute la
famille au Canada pour offrir un avenir à ses enfants. La famille s'est
installée à Ville Mont-Royal et Samia a fréquenté l'Église
catholique du quartier. « C'est seulement au Cégep que j'ai commencé
à faire mienne la foi de mes parents, dit-elle. Avec quelques amis, on
réfléchissait sur les thèmes de la vie de la souffrance, de
l'amitié. Mais je ne disais à personne que je fréquentais la
pastorale ! »
Aujourd'hui, Samia ne se cache plus. C'est même sur elle
que compte la Bande FM, de la paroisse Saint-Louis de France, pour organiser la rencontre
annuelle du Jesus Cool à la Saint-Jean Baptise, un rassemblement d'une centaine
de jeunes qui allie prière, réflexion et décontraction. C'est elle
aussi qui orchestre les activités des Maisonnées associées à
la Bande FM, des jeunes et des jeunes familles qui se réunissent une fois par
mois pour manger, partager la parole et prier ensemble dans la maison de l'un d'entre
eux.
Son attachement à la Bande FM n'est pas un hasard :
c'est en pérégrinant sur les petites routes de Normandie avec la Bande FM et
la Communauté du Pain de Vie, lors des JMJ de Paris, que Samia a compris qu'on ne
tient pas une lampe sous le boisseau. Depuis, elle répond présente aussi
souvent que possible - l'été dernier, par exemple, elle était
du petit réseau de jeunes qui ont soutenu sans grand tapage 250 familles
menacées par la famine au Niger, au Sud-Sahel. Une situtation face à
laquelle elle pouvait difficilement rester indifférente après avoir
touché du doigt la pauvreté en Afrique sub-saharienne et partagé
la vie de quelques Chrétiens engagés auprès de malades et de
prisonniers d'une petite ville camerounaise, quelques années auparavant.
« Le gaspillage dans nos hôpitaux est incroyable, dit-elle
en repensant aux hôpitaux qu'elle a visités à N'Gaoundéré.
Dans les pays pauvres, les gens n'ont rien mais ils jouissent de leur santé.
Ici, on dirait qu'on ne profite pas de nos conditions de vie ; c'est comme si on
disait : je paye donc tout m'est dû. »
Travailler dans un hôpital fait beaucoup réfléchir.
Sur la mort, bien sûr : « Ah ! Bon, C'est ça ?, a
pensé Samia, un peu troublée, quand elle a vu pour la première fois
un de ses patients mourir. Mais aussi sur le rôle du monde de la santé :
« Il y a une bataille entre la médecine et la foi, constate-t-elle, et
comme infirmières nous sommes en première ligne. Évidemment, nous
devons soulager les patients, surtout en soins palliatifs. Mais on sait aussi que
le médicament administré au patient, d'une certaine manière, le
« tue » parfois aussi doucement. Alors que faut-il
faire ? »
Samia interroge aussi la solitude : « Certains sont soutenus
par leur famille, d'autres pas. Mais leurs proches ne sont pas toujours prêts à
entendre ce que le patient vit. Et dans certains moments, maladie ou mort, on est vraiment
seul face à la vie. » Un passage où Dieu, à nos
côtés, nous parle en silence. Parfois sous les traits d'une
infirmière. ©EQm
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 Samia Saouaf |
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