MARIE-CLAUDE LALONDE : LA BUSINESS DU CUR
À huit ans, Marie-Claude Lalonde voulait devenir juge.
Parce qu'il y avait trop de choses injustes et qu'il faut bien changer le monde.
Collège privé, bungalow et petite vie « Rive-Sud-en-banlieue »,
bien malin qui aurait pu deviner ce qui la préparait dans ce terreau-là
à diriger le bureau canadien de l'organisme de charité Aide à
l'Église en Détresse (AED), une organisation qui récolte près de
deux millions de dollars au Canada et plus de cent millions de dollars par an dans le
monde pour soutenir le travail pastoral de l'Église dans 130 pays.
Ses premiers regards se sont tournés bien plus vers ce qu'elle
appelle la grosse carrière d'avocat que vers les détresses du monde.
Diplôme de droit et barreau en poche, elle a travaillé quelques
années comme avocate en pratique privée. Droit commercial, droit
civil, elle a touché à tout au sein des gros cabinets de
Montréal comme des plus petites officines de province. Assez pour
goûter aux heures de travail innombrables, aux manoeuvres juridiques
limites, aux relations de travail déshumanisées. De quoi y
laisser beaucoup d'illusions. Assez aussi pour se poser une question après
cinq ans d'un rythme insensé : à quoi tout cela sert-il ?
« J'avais un sentiment de vide », raconte la jeune
mère de 34 ans, qui a renoué avec sa foi dans cette période creuse,
en découvrant sa communauté paroissiale qui l'a vraiment accueillie,
au fond du gymnase où avaient lieux les célébrations. Oh !
un retour vers Dieu qui n'a rien de tapageur : Marie-Claude Lalonde n'a
rien d'une born again et n'a pas vécu de chemin de Damas ! Dieu est
revenu dans sa vie comme elle l'avait quitté : sans bruit. « Ma
famille s'était brusquement éloignée de la pastorale quand
j'étais enfant, dit-elle. Et la seule raison pour laquelle j'allais parfois
dans la chapelle au secondaire, c'était pour avoir un peu de silence. »
La jeune avocate ne se cherchait pas une job d'Église et c'est
plus par curiosité qu'elle a répondu à une offre de directrice
pour le bureau de l'AED. « Je voulais changer d'air, raconte-t-elle.
j'ai pris les renseignements et de fil en aiguille je me suis retrouvée
en poste. » Le plus dur ? « S'afficher comme croyante
et comme catholique auprès de ses pairs, dit l'avocate pour laquelle le
jugement de ses anciens collègues comptait alors beaucoup. Se dire croyante,
ça ne paraît pas sérieux pour des professionnels. Il y a des
lieux, des milieux que je fréquentais et où on ne m'invite plus
depuis ce virage. »
Côté salaire aussi, elle a renoncé aux
honoraires des grosses firmes, « mais mes gratifications personnelles
sont cent fois importantes » dit-elle. Collecte de fonds, marketing,
information, comptabilité, animation d'une équipe de cinq employés,
représentation, gestion de projets, animation d'un programme à Radio
Ville-Marie, le travail qu'elle fait depuis six ans lui permet de toucher à
mille facettes de la vie professionnelle. Une job de directrice qui ne consiste pas
seulement à « faire la charité » que d'assumer le
côté très terre-à-terre d'une business :
« le fundraising est devenu une vraie science », rappelle-t-elle.
Ses fonctions l'amènent à coopérer avec les directeurs des bureaux
de l'AED de 16 pays différents. Marie-Claude Lalonde a aussi pu aller voir de
près des situations de persécution et de détresse à Cuba,
un voyage qui l'a marquée et qui lui permet de témoigner dans ses rencontres
de l'importance que revêt le soutien des É;glises du Nord aux prêtres,
aux religieux ou aux laïcs des quatre coins du monde qui s'emploient parfois au
risque de leur vie à faire connaître le Christ en se solidarisant avec les
plus faibles.
Renouvelée dans ses convictions, l'avocate n'a pas besoin de se forcer
pour témoigner de sa foi au travail : même le nom de son employeur le
fait pour elle ! C'est plutôt au chemin d'ouverture inverse qu'il lui faut
veiller : témoigner « avec certains sans leur dire jamais un mot
de Dieu, ni de la religion, patientant comme Dieu patiente, étant bon comme Dieu
est bon, étant un tendre frère et priant; avec d'autres en parlant de Dieu
dans la mesure qu'ils peuvent la porter », dit-elle en citant ces mots de
Charles de Foucauld qu'elle a glissés sous le pupitre de son bureau pour se les
rappeler. Elle semble y arriver sans trop de mal, s'il faut en croire le compliment
qu'elle ait reçu d'une amie qui traversait des choses difficiles et qu'on aurait
facilement pu condamner : « À toi, je peux tout te dire, lui a
dit cette femme, parce que je sais que jamais tu ne me jugeras. » ©EQm
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 Marie-Claude Lalonde |
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