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LE TIBET (EXTRAIT)
Cet article a été commandé et écrit avant les
événements qui se sont précipités ces derniers mois autour de la
flamme olympique.
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Un peuple à la croisée des chemins,
une société en pleine mutation ?
Ce n'est malheureusement pas un scoop, mais
une réalité géopolitique et humaine. Depuis bientôt soixante ans
le Tibet vit une fin programmée dans l'indifférence de la
communauté internationale. Qu'en est-il aujourd'hui du peuple
tibétain dans son pays et en exil ?
« Les ravages de l'invasion
chinoise »
Le Tibet, on en parle, le silence n'est pas absolu.
La personnalité de Sa Sainteté le Dalaï Lama, prix Nobel de la paix,
inlassable pèlerin, a permis de faire découvrir au monde non seulement
un pays à la culture plusieurs fois millénaire mais aussi et surtout
dans quelles conditions les Tibétains vivent l'oppression et l'exil
de nos jours.
C'est en 1959, après le soulèvement de Lhassa,
dont la répression brutale fit plusieurs dizaines de milliers
de morts, que le chef spirituel prit le chemin de l'exil et, qu'à
sa suite et depuis cette date, le flux des exilés n'a pas cessé.
N'a pas cessé non plus pour ceux qui sont restés dans leur
patrie la privation des droits élémentaires à la liberté
qui est l'apanage de tout être humain. Les Tibétains
vivent l'oppression, privés du droit à la liberté de
conscience, de celui de pratiquer leur religion. Empêchés
d'exprimer leurs convictions, de montrer leur désir de retrouver
un pays indépendant, ils sont aujourd'hui emprisonnés, torturés.
Plus d'un million et demi de morts à ce jour,
des hommes, des femmes, des enfants emprisonnés, torturés
parce qu'ils revendiquent leur droit à vivre librement leur
identité, parce qu'ils manifestent leur respect et leur
attachement à celui qui représente l'idéal de leur foi
et de leurs croyances. Des dizaines d'années se sont écoulées
mais la révolte et la peur continuent d'alimenter le flot
de ceux qui fuient leur pays. Aujourd'hui encore, chaque
année, environ trois mille d'entre eux, souvent au péril
de leur vie, traversent montagnes et cols pour trouver
ailleurs ce qu'ils ont perdu chez eux : leur dignité
et leur liberté.
La sinisation est en marche : aujourd'hui
ce sont plus de 7,5 millions de chinois pour six millions de
tibétains. Des femmes avortées, stérilisées contre leur gré,
l'obligation d'apprendre la langue chinoise au détriment du
tibétain. Une quasi impossibilité d'accéder à des postes ou
à des situations importantes car ceux-ci sont réservés
aux seuls chinois. Des centaines de monastères détruits,
quelques-uns reconstruits à des fins évidentes de propagande
et de vitrine touristique.
Je pourrais poursuivre la longue énumération
des méfaits de l'invasion chinoise : on pourrait
alors me taxer de partialité et m'opposer que le Tibet
d'avant celle-ci développait une structure sociale
inéquitable, privilégiant les castes de la noblesse
et du pouvoir religieux. On pourrait également considérer
que ce pays du Toit du Monde, si longtemps isolé en raison de
sa situation géographique particulière, pays aux conditions
climatiques extrêmes, n'était pas un royaume aussi paradisiaque
ni idéal qu'une certaine légende liée aux mystères des
pratiques chamaniques a pû le faire croire. [...]
« Les contradictions de la vie
sous l'occupation chinoise »
Les tibétains vivaient cette vie-là, inscrite
dans une évolution en décalage certes avec le reste du monde,
à l'écart de ce que nous appelons la modernité mais protégés des
effets pervers que celle-ci a produits au cours des siècles.
Un peuple peut-il survivre dans un monde
aux changements rapides et violents s'il subit son évolution
au lieu d'en être le moteur ? Comment, soumis à une répression
constante, ne pas avoir peur et vivre cette dichotomie
permanente entre ce que l'on est et ce que l'oppresseur autorise à
être. [...]
La jeune génération quant à elle,
celle qui n'a pas connu l'avant, parle chinois
et prend possession de la nouvelle société de consommation
mais y perd ses repères. Un de mes amis tibétains, réfugié
et aujourd'hui citoyen français, m'a raconté son retour
pour quelques semaines au Tibet. « Je ne reconnais
plus ce qu'était mon pays, malgré mon passeport français
j'ai dû bouger souvent, ne pas rester trop longtemps
sous le même toit pour ne pas mettre mes hôtes en danger
et puis c'est terrible mais ce n'est plus le thé tibétain
qui m'était offert mais on me proposait du coca cola ! »
Il n'a pu cette fois retourner dans son monastère. De quoi
sera fait son prochain voyage ?
On peut imaginer sans risque de se tromper
que dans une génération, les chinois auront atteint le but
recherché et transformé les tibétains en une ethnie parmi
d'autres. Ils pourront dire d'elle qu'ils l'ont aidée à
accéder au modernisme et à une vie meilleure. [...]
Les jeunes tibétains que j'ai rencontrés ressemblent
à tous ceux de mon entourage. Ils sont avides de découvrir, de
connaître ce que le monde leur propose.
Ils font leurs choix et l'on peut se poser la
question de savoir combien de temps encore le poids de
leur identité culturelle pourra contrebalancer la
mondialisation à laquelle nulle nation ne semble pouvoir
échapper.
Le « Toit du Monde »
perd de sa pureté légendaire,
il subit les effets nocifs de la culture
de la globalisation. Le Tibet meurt de la capacité qu'ont
les hommes à en asservir d'autres, il meurt de notre
indifférence. Mais les tibétains de demain, grâce à
une grande adaptabilité, une très forte volonté
d'apprendre et de travailler portent en eux l'espoir
d'accéder aux postes clés de la société future dans un
pays qui deviendra le leur. ©EQm
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